12 mai 2007
Acte constitutionnel n° 3 du 11 juillet 1940,
Nous, maréchal de France, chef de l'État français;
Vu la loi constitutionnelle du 10 juillet 1940,Décrétons:
Article premier. Le Sénat et la Chambre des. députés subsisteront jusqu'à ce que soient formées les Assemblées prévues par la loi constitutionnelle du 10 juillet 1940.
Article 2. Le Sénat et la Chambre des députés sont ajournés jusqu'à nouvel ordre.
Ils ne pourront désormais se réunir que sur convocation du chef de l'ÉtatArticle 3. L'art. 1er de la loi constitutionnelle du 16 juillet 1875 est abrogé.
Acte constitutionnel n° 8 du 14 août 1941
Nous, maréchal de France, chef de l'État français,
Vu la loi constitutionnelle du 10 juillet 1940.
Décrétons :
Nul ne peut être admis à servir dans l'armée s'il
ne prête serment de fidélité au chef de l'État.
La formule de la prestation de serment est la suivante :
« Je jure fidélité à la personne du chef
de l'État, promettant de lui obéir en tout ce qu'il me commandera
pour le bien du service et le succès des armes de la France. »
Acte constitutionnel n° 9 du 14 août 1941
Nous, maréchal de France, chef de l'État français,
Vu la loi constitutionnelle du 10 juillet 1940.
Décrétons :
Nul ne peut exercer les fonctions de magistrat s'il ne prête serment
de fidélité au chef de l'État.
La formule de la prestation de serment est la suivante :
« Je jure fidélité à la personne du chef
de l'État. Je jure et promets de bien et honnêtement remplir
mes fonctions, de garder religieusement le secret des délibérations
et de me conduire en tout comme un digne et loyal magistrat. »
Acte constitutionnel n° 10 du 4 octobre 1941
Nous, maréchal de France, chef de l'État français,
Vu la loi constitutionnelle du 10 juillet 1940.
Décrétons :
Article unique.
L'obligation de prêter serment de fidélité au chef
de l'État, telle qu'elle résulte de l'article premier de
l'acte constitutionnel n° 7 pourra, à l'exclusion des dispositions
contenues dans les articles 2 à 5 du même acte, être
étendue par des lois ultérieures aux fonctionnaires de tous
ordres qui ne sont pas visés par les actes constitutionnels n°
7, 8 et 9 et par le décret du 14 août 1941, ainsi qu'au personnel
de direction de services publics concédés.
Acte constitutionnel n° 12 du 17 novembre 1942
Nous, maréchal de France, chef de l'État français,
Vu la loi constitutionnelle du 10 juillet 1940.
Décrétons :
Article unique.
Hors les lois constitutionnelles, le chef du gouvernement pourra, sous
sa seule signature, promulguer les lois ainsi que les décrets.
Jeunesse et formation
Une jeunesse catholique
Ayant reçu une éducation catholique, il sert la messe comme enfant de chœur durant sa jeunesse[1]. Impressionné par les récits de son oncle, qui a servi dans la Grande Armée de Napoléon, et très marqué par la guerre de 1870 alors qu'il a 14 ans, il décide d'être soldat[1].
À partir de 1876, il est élève à l'École spéciale militaire de Saint-Cyr. Il y entre parmi les derniers (403e sur 412) et en sort en milieu de classement (229e sur 336)[2]. Il est affecté à différentes garnisons, mais ne participe à aucune des campagnes coloniales.
En 1900, il est nommé instructeur à l'École normale de tir de Châlons-sur-Marne, il s'oppose au directeur, le colonel Vonderscher, pour qui l'intensité du tir prime la précision . En 1919, ce colonel reconnaîtra que Pétain avait vu juste.
Un officier anti-Dreyfus
Lors de l'affaire Dreyfus, l'officier Pétain souscrit au fameux « monument Henry », souscription nationale ouverte par les antisémites au profit de la veuve du faussaire responsable de la condamnation inique du capitaine Dreyfus. Sa signature figure donc aux côtés de celles de Paul Valéry ou de nombreux particuliers, dont certains parlent de « brûler les Juifs dans les fours de la ville de Paris ». Ultérieurement, Pétain confiera n'avoir pas même cru en la culpabilité de Dreyfus, mais accusera ce dernier de s'être mal défendu, et dira avoir considéré comme normal de le sacrifier à la réputation de l'Armée.
Dans l'ensemble, cependant, le militaire Pétain s'occupe fort peu de la vie politique de l'époque, et reste très discret sur ses opinions personnelles. Au contraire de beaucoup de militaires, il ne s'engage à aucun moment, pas plus lors de l'affaire des fiches (1904) que de celle de la séparation de l'Église et de l'État (1905-1906).
Un bon tacticien
En 1901, il occupe un poste de professeur adjoint à l'École supérieure de guerre de Paris où il se distingue par des idées tactiques originales. Il y retourne de 1904 à 1907 puis de 1908 à 1911 en tant que titulaire de la chaire de tactique de l'infanterie. Il s'élève alors violemment contre le dogme de la défensive prescrit par l'instruction de 1867, « l'offensive seule pouvant conduire à la victoire ». Mais il critique aussi le code d'instruction militaire de 1901 prônant la charge en grandes unités, baïonnette au canon. Les milliers de morts d'aout et septembre 1914 lui donneront raison.
Le 20 octobre 1912, il est le premier chef d'unité de celui qui deviendra le général de Gaulle, alors sous-lieutenant. En septembre 1913, amené à commenter la tactique du général Gallet, qui avait fait charger à la baïonnette des nids de mitrailleuses, il dit : « le général vient de nous montrer toutes les erreurs à ne pas commettre ». Ce qui lui vaut l'hostilité de la hiérarchie. Humiliés par la défaite de 1870, les États-majors se montrent volontiers bravaches et revanchards. On y prône la guerre à outrance[4]. Pétain, lui, préconise la manœuvre, la puissance matérielle, le mouvement, l'initiative : « le feu tue ».
À 58 ans, en juillet 1914, le colonel Philippe Pétain s'apprêtait à prendre sa retraite après une carrière relativement médiocre, le ministre de la Guerre ayant refusé sa nomination au grade de général.
Pétain, le héros de 1914-1918
Dès le début de la Première guerre mondiale, à la tête d'une brigade d'infanterie, il se distingue en Belgique. Nommé général de corps d'armée, il réalise des actions d'éclat tout en se montrant soucieux d'épargner la vie de ses hommes dont il gagne le cœur.
En février 1916, c'est lui qui commande les troupes françaises à la bataille de Verdun et son charisme n'est pas étranger à l'issue victorieuse du combat, même si la ténacité de ses troupes, comme, par exemple, celle du commandant Raynal au Fort de Vaux, en a été le facteur décisif. On notera cependant que sa vision stratégique de la bataille lui a permis de comprendre immédiatement que le meilleur soldat du monde, s'il n'est pas ravitaillé, évacué en cas de blessure, ou relevé après de durs combats, sera finalement vaincu. Désormais, aux yeux de tous il est le « vainqueur de Verdun » même si cette appellation sera surtout exploitée plus tard, sous le régime de Vichy.
L'homme qui régla les mutineries
En 1917, le général Nivelle prend la tête des armées françaises, alors que Joffre n'était que le chef du front du Nord-Est. Le général Pétain nommé chef d'état-major général s'oppose à Nivelle qui est apparemment peu économe du sang de ses hommes, et dont l'attitude contraste avec le pragmatisme de Pétain. Cela aboutit à la bataille du Chemin des Dames, à la mi-avril 1917 : 100 000 hommes sont mis hors de combat du côté français en une semaine. Bien que les Français aient tenu, le mécontentement gronde, provoquant des mutineries dans de nombreuses unités. Nivelle est renvoyé et Pétain se trouve être l'homme providentiel pour lui succéder et ramener la confiance des troupes en améliorant les conditions de vie des soldats, en mettant fin aux offensives mal préparées et en faisant condamner les mutins, dont seule une petite minorité fut fusillée malgré les exigences des hommes politiques. En octobre 1917, il reprend le Chemin des Dames aux Allemands, par des offensives plus limitées ne gaspillant pas la vie des soldats et toutes victorieuses.
Au début de 1918, il est à l'origine du retour de Foch, qui avait été renvoyé avec Nivelle. Il est désormais à l'origine de la coordination de toutes les troupes alliées, dont Foch est le chef suprême. En octobre 1918, il prépare une grande offensive qui aurait mené les troupes franco-américaines jusqu'en Allemagne. Prévue à partir du 13 novembre, elle n'a pas lieu puisque, contre son avis, Foch et Clemenceau ont accepté l'armistice demandé par les Allemands.
Après la victoire, Pétain est élevé à la dignité de maréchal de France le 19 novembre 1918. Il reçoit à Metz son bâton de maréchal le 8 décembre 1918.
Pétain dans l'entre deux guerres
Une carrière complète
En 1919, Pétain est élu membre de l'Académie des sciences morales et politiques. Le 14 septembre 1920, âgé de 64 ans, il épouse civilement Eugénie Hardon, qu'il avait précédemment demandée en mariage en 1901, mais dont il n'eut pas de descendance.
Général en chef de l'armée (il le restera jusqu'au 9 février 1931), il estime en 1919 à 6875 le nombre de chars nécessaire à la défense du territoire."c'est lourd, écrira-t-il, mais l'avenir est au maximum d'hommes sous la cuirasse"
En 1925-1926, des troupes françaises sous le commandement de Pétain, en campagne avec une armée espagnole (250 000 hommes au total), mènent une campagne contre les forces d'Abd el-Krim, chef de l'éphémère République du Rif, au Maroc;
Le 20 juin 1929, il est élu à l'unanimité membre de l'Académie française, au 18e fauteuil, où il succède au maréchal Foch.
Le 9 février 1931, il est remplacé par le général Weygand au poste de commandant suprême de l'armée, et nommé inspecteur général de la défense aérienne du territoire. À ce titre, il écrira le 2 décembre 1931 à Pierre Laval, alors président du conseil, pour lui demander la création d'une force aérienne puissante de défense et d'attaque, indépendante de l'armée de terre et de la marine. Il préconise pour cela de prélever 250 millions sur les crédits alloués à la construction de la ligne Maginot.
Le 9 février 1934, il est nommé ministre de la Guerre dans le gouvernement Doumergue, fonction qu'il occupe jusqu'au renversement du cabinet le 8 décembre 1934. Il va aussitôt mettre toute son énergie et son prestige pour infléchir la politique de réduction du budget de l'armée.Partisan des chars de combat, il décide des le 26 mars de l'adoption du char B1 dont il avait fait faire les prototypes pendant son commandement. Le même jour, il décide aussi de l'adoption du char D2 et de l'étude d'un char léger.
Au moment où il quitte le ministère, Pétain jouit d'une très grande popularité, notamment dans les milieux d'extrême-droite. En témoigne en 1935, la célèbre campagne lancée par Gustave Hervé intitulée « C'est Pétain qu'il nous faut ». Sa courte expérience ministérielle le brouille avec le parlementarisme et le conduit à refuser toutes les sollicitations ultérieures.
A l'instigation des grands chefs militaires( Foch, Jofre), et contre l'avis de leur plus haute autorité, Pétain lui-même, les gouvernements de la fin des années 1920 vont affecter d'importants efforts budgétaires à la construction de lignes de défense. Cette stratégie est symbolisée par la coûteuse, et de surcroît incomplète Ligne Maginot qui fût arrêtée à la frontière belge. Pétain n'aura pas oublié ces graves erreurs, quand il fera juger les « responsables » de la défaite, en imputant celle-ci exclusivement aux politiques. Après le succès de la guerre-éclair menée par les Allemands, Pétain ne pouvait plus ignorer que la débâcle de 1940 était due aux « grands chefs militaires », dont les autorités gouvernementales n'avaient fait que suivre les orientations stratégiques.
Le 2 mars 1939, Pétain est nommé ambassadeur de France en Espagne. Le 20 mars 1939, il présente ses lettres de créance au général Franco, chef de l'État espagnol, résidant alors à Burgos.
L'image de Pétain en France avant 1940
Militaire à la réussite tardive, Pétain doit son premier prestige moins à son rôle à Verdun qu'à sa gestion de la crise du moral en 1917. En arrêtant les offensives inutilement meurtrières, et en libéralisant le régime des permissions, il gagne et conserve auprès des hommes et jusque dans certains cercles pacifistes la réputation d'un chef compréhensif et soucieux d'épargner le sang des soldats. Même si certains rappellent (pour l'exalter ou pour le dénoncer) son rôle de « fusilleur » des mutins de 17, c'est cette réputation qui se maintient pendant l'Entre-deux-guerres.
Contrairement à une légende vivace mais qui a énormément contribué sous l'Occupation à sa grande popularité, Pétain n'a pas été providentiellement « sorti du placard alors qu'il ne demandait rien » en 1940 à 84 ans ; il est même excessif de dire qu'il a alors « repris du service », comme le croiront beaucoup de Français. Son Entre-deux-guerres est en effet celle d'un homme reconnu et tout à fait actif : fait maréchal en 1918, il est dans les années 1930 le dernier titulaire encore vivant de la prestigieuse distinction ; membre de l'Académie Française, inspecteur général de l'Armée, très influent sur la doctrine militaire, il est ministre en 1934 et ambassadeur en 1939, et paraît déjà un recours possible à certains. Pétain a d'ailleurs, par l'intermédiaire de ses réseaux, activement préparé en sous-main son arrivée au pouvoir, tout en veillant soigneusement à paraître, en public, comme détaché de telles considérations.
Pendant ces années, il évite de prendre des partis-pris trop tranchés, ce qui lui ménage même dans les milieux républicains voire de gauche la réputation d'un militaire modéré et politiquement fiable. Peu clérical au contraire d'un Foch ou d'un Castelnau, il ne se mêle pas de la crise de 1924, où ce dernier prend la tête d'un mouvement de masse contre l'anticléricalisme du gouvernement Herriot ; il évite de dénoncer en public le Front populaire et l'Espagne républicaine ; il est informé du complot de « la Cagoule » visant à renverser la République et à porter un militaire prestigieux (lui-même ou Franchet d'Esperey) à la tête de l'État, mais se garde de se compromettre dedans (1937). En 1939, lorsqu'il est nommé ambassadeur auprès de Franco, Léon Blum proteste dans Le Populaire qu'on envoie au dictateur espagnol « ce que nous avons de meilleur ». Seul le colonel De Gaulle soupçonne qu'il prend goût au pouvoir, et confie : « Il accepterait n'importe quoi, tant le gagne l'ambition sénile ».
En mai 1940, Paul Reynaud ne se méfie pas davantage de Pétain quand il l'appelle à la vice-présidence du conseil. Or, après s'être d'abord longuement tu, Pétain prend la tête des partisans de l'Armistice.

